A savoir
La bonne âme du Se-Tchouan De Bertolt Brecht
Mise en scène Anne-Margrit Leclerc
Avec : Yves Thouvenel, Sylvie Amato, Stéphanie Farison, Nadine Ledru, Laetitia Pitz, Laurent Fraunié, Hervé Lang, Valéry Planckeel
Dramaturgie : Bernard Beuvelot / Scénographie : Grégoire Faucheux / Costumes : Alexandra Wassef / Musique :Yvan Gruselle / Lumières et régie générale : Guillaume Lorchat
Coproduction Théâtre du Jarnisy, Centre Culturel André Malraux, scène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, Centre Pablo Picasso, Homécourt, Transversales, Verdun
Avec la participation artistique de l’ENSATT et le soutien de l’ADAMI
En 1935, à Moscou se joue une rencontre décisive pour l'avenir du théâtre moderne. Brecht assiste stupéfait à une représentation de l'Opéra de Pékin, alors dirigé par l'acteur Mei Lan Fang, spécialiste de l'interprétation des rôles féminins. C'est une véritable révolution qui se joue là pour la pensée et la pratique de Brecht. La bonne âme du Se-Tchouan porte la trace vive de cette découverte fondamentale. Si Brecht éloigne ici sa fable, c'est pour mieux voir.
En empruntant aux codes narratifs de l'Opéra de Pékin, il fait du neuf avec du vieux théâtre traditionnel et invente un personnage à deux faces : une femme, la prostituée au coeur pur, Shen Té, se transforme en homme d'affaires avisé et sans scrupule, Shui Ta, car c'est le seul moyen qu'elle trouve pour faire le bien...
Tout en développant une forme de théâtre critique où les rapports de domination sont dévoilés et critiqués, Brecht ne renie pas, finalement, un certain plaisir du «divertissement». La pièce est poignante et entrecoupée de chansons mélancoliques et chargées d'émotion. Anne-Margrit Leclerc nous offre à voir l'actualité de cette pièce où la bonté et l'attention aux autres sont moquées tandis que prospère l'arrogance désinvolte et suffisante des puissants. Pour elle, distanciation ne veut pas dire sécheresse. Tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir. Il y a en nous du bon et du mauvais, du féminin et du masculin. Pas de leçon ici. Bertolt Brecht, dans le final, invite le public à trouver lui-même la solution. Il nous dit que «la culpabilité, non...la responsabilité, oui.»